À Alger, un recul de 50 dinars de l'euro plonge les cambistes du Square Port-Saïd dans une cellule de crise

Le mardi 28 juillet au matin, la nouvelle a circulé de trottoir en trottoir avant même l'ouverture des banques : sur le marché parallèle des devises du Square Port-Saïd, le billet de 100 euros ne se vendait plus qu'à 27 500 dinars, contre 27 600 deux jours plus tôt. Un recul « brutal » d'un demi-dinar par euro, selon les intéressés.
Dès 9 heures, une trentaine de changeurs se sont regroupés au pied de la statue, liasses en poche, pour ce que l'un d'eux a qualifié de « réunion technique en position debout ». « On suit ça minute par minute, plus sérieusement que n'importe quelle institution », a expliqué un cambiste d'une cinquantaine d'années, tout en tenant trois conversations téléphoniques. « Hier c'était stable. Aujourd'hui, il y a de la panique. Enfin, une panique calme. »
Les explications avancées sur place divergent. Certains incriminent « la saison des vacances », d'autres « les gens qui reviennent de France et qui vendent tous en même temps ». Un troisième groupe a pointé, sans plus de précisions, « la situation générale ». D'après un pointage effectué de tête par les principaux acteurs, près de 4 000 transactions auraient été « suspendues le temps de réfléchir », un chiffre que personne n'a pu vérifier et que tout le monde a répété.
En milieu de matinée, le calme était revenu : l'euro se stabilisait, les liasses ressortaient des poches, et un changeur affirmait déjà que « demain, ça remonte ». La cellule de crise, elle, n'avait officiellement jamais existé.
« Moi je venais juste changer 100 euros pour le mariage de mon cousin », a soupiré Karim, retraité de Bab El Oued, en rangeant son enveloppe. « Ils m'ont regardé comme si je faisais s'effondrer l'économie nationale. »
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