À Blida, un homme affirme être « en route » depuis mardi sans avoir quitté le canapé de son salon

L'affaire a commencé mardi à 12 h 40, quand la table était mise et la chorba servie. « Je sors, je cherche juste mes clés », a assuré Karim au premier appel. Au quatorzième, jeudi soir, il en était toujours à « chercher une place pour démarrer ». Entre-temps, il n'a, de l'aveu de sa propre famille, pas quitté le canapé du salon, d'où il suit la situation « de très près ».
Karim, lui, réfute catégoriquement l'idée d'un retard. « Je suis en route, c'est différent d'être parti », corrige-t-il, invoquant « le bouchon habituel à l'entrée de Boufarik » — un bouchon qu'il n'a pas pu constater, sa voiture étant restée garée devant chez lui. Il assure « avoir la famille en tête à chaque instant », ce qui, selon lui, « compte pour du trajet ».
Un sociolinguiste de l'université de Blida y voit un cas d'école. « En algérien, rani fi triq — je suis en route — n'a jamais désigné un déplacement, mais une intention sincère de venir », explique-t-il. « C'est un état de l'âme, pas de la voiture. Karim est donc, spirituellement, tout à fait en route. » Le chercheur situe la durée moyenne d'un « je suis en bas » entre huit minutes et, dans les cas extrêmes, plusieurs générations.
Face à la situation, la famille d'El Affroun s'est organisée. Le déjeuner est devenu dîner, puis un second déjeuner. Une chaise reste dressée pour Karim, avec son verre et sa serviette, dans ce que sa mère appelle désormais « sa place, quand il finira d'arriver ». Karim, joint vendredi matin, a promis d'être là « avant que ça refroidisse ».
« Qu'il prenne son temps », soupire une tante en remettant la chorba à chauffer pour la neuvième fois, « au moins, depuis mardi, on est sûrs qu'il pense à nous depuis la route. »
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