À La Marsa, le café de la corniche numérote désormais ses tables, ses habitués font la queue pour s'asseoir là où ils s'assoient depuis vingt ans

Un café installé sur la corniche de La Marsa, dans la banlieue nord de Tunis, a introduit cette semaine un système de places numérotées, chaque table étant désormais dotée d'un petit écriteau et le client devant prendre un ticket à l'entrée avant de s'installer. La direction présente la mesure comme une manière de « mettre de l'ordre » dans une salle où, chaque matin, les mêmes habitués commandent le même « direct » à la même heure.
L'idée serait née d'un malentendu survenu un dimanche, lorsqu'un touriste s'était assis à la troisième table près de la rambarde, celle qui donne sur la mer et que tout le quartier considère, sans qu'aucun panneau ne l'ait jamais indiqué, comme réservée à un retraité venu y lire son journal depuis l'ouverture. « Il n'a rien fait de mal, il ne savait pas », tempère le gérant, qui assure avoir agi « pour éviter que ça se reproduise » et « par respect pour les anciens ».
Attablés autour d'une kahwa arbi et d'une partie de chkobba, les habitués accueillent la nouveauté avec le fatalisme tranquille du bord de mer. « On nous demande un ticket pour aller là où on va depuis vingt ans, c'est nouveau, mais bon, ça donne un petit air d'administration, ça fait sérieux », observe un client en tapotant ses cartes. Un autre, qui prenait son café debout en attendant que son numéro soit appelé, y voit surtout « une preuve que la place a de la valeur, sinon pourquoi la numéroter ».
Du côté de la municipalité, on suit l'expérience avec un intérêt poli, certains élus évoquant à demi-mot la possibilité de s'en inspirer pour fluidifier les guichets de l'état civil. Le gérant, lui, reste pragmatique : il reconnaît que le système « ralentit un peu le matin », le temps que chacun tire son ticket pour rejoindre la chaise qu'il aurait de toute façon prise, mais estime que « l'important, c'est que ce soit écrit ».
Sollicité pour donner son avis, le retraité de la troisième table a reposé son journal et regardé la mer avant de répondre, sans se lever : « Mon numéro, c'est le trois, tout le quartier le sait depuis vingt ans. Maintenant c'est officiel — il ne manquait plus qu'un tampon, et je pourrai enfin prouver que cette chaise est à moi. »
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos