À M'dina Jdida, le passager monté en premier dans le taxi Oran–Mostaganem en est devenu le doyen

Il est arrivé à 7 h 15, décidé à ne pas perdre sa matinée. Kamel a choisi la place avant, à côté du chauffeur — la meilleure, celle qu'on paie parfois d'un demi-billet en plus — et il a attendu que le véhicule se remplisse. C'était, selon les registres approximatifs de la station, il y a un certain temps.
La règle de M'dina Jdida est connue de tout Oranais : le taxi collectif pour Mostaganem part quand il est complet, six passagers, pas cinq. Or ce matin-là, il en manquait un. Le sixième siège, lui, attend toujours son occupant. « On ne va pas partir à perte pour un fauteuil vide », explique le chauffeur, un homme raisonnable qui a vu grandir les enfants montés à l'arrière.
Autour du véhicule, une petite économie s'est organisée : un vendeur de kalb el louz a installé son étal à hauteur de la portière, un cousin apporte le café le matin, et Kamel a fini par connaître le nom de la rue mieux que celui de son propre quartier. « Au début je regardais ma montre, confie-t-il. Maintenant je regarde le siège vide. C'est plus reposant. » Il précise qu'il ne descendra pas : après une telle attente, ce serait « gâcher l'investissement ».
Les autres passagers, montés depuis, ont adopté la même philosophie. On y refait le monde, on commente le championnat, on attend. Le sixième client, celui qui débloquerait tout, reste une figure théorique, évoquée avec le respect qu'on réserve aux prophéties.
Interrogé sur la date probable du départ, le chauffeur a haussé les épaules avec la sérénité de celui qui a fait la paix avec l'univers : « Il partira, ce taxi. Le jour où il sera plein. » Puis, baissant la voix pour ne pas réveiller Kamel qui somnolait sur la place avant : « En attendant, c'est la place la plus stable d'Oran. »
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos