À Oran, le grand-taxi pour Aïn El Turck ne partira jamais tant que la septième place restera vide

Le principe est connu de tout Oranais : le grand-taxi collectif ne démarre qu'une fois ses sept places occupées. Ni six, ni cinq places et demie. Sept. Le chauffeur, adossé à sa portière, l'a rappelé avec fermeté à ceux qui suggéraient un départ anticipé moyennant un léger supplément.
« Si je pars à six, je perds une place. Si je perds une place, je perds la course. Si je perds la course, autant fermer », résume-t-il, résumant du même coup une théorie économique que personne autour de lui n'a osé contredire. Il estime attendre, en moyenne, « le temps qu'il faut », unité de mesure que les six passagers connaissent bien.
À l'arrière, un homme parti faire ses courses le matin patiente le journal ouvert à la même page depuis un moment certain. À côté, une dame a eu le temps de peler puis de manger l'intégralité d'un sachet de fèves. Devant, un jeune a chargé deux fois son téléphone. Aucun ne songe à descendre : partir maintenant reviendrait à avoir attendu pour rien, argument imparable qui retient chacun sur son siège.
Un septième candidat s'est bien présenté vers midi, mais, apprenant la destination, a préféré un taxi voisin déjà à cinq places. Le compteur d'attente est reparti de zéro.
Interrogé sur l'heure probable du départ, le passager le plus ancien a levé les yeux de son journal sans manifester d'inquiétude. « De toute façon, à Aïn El Turck, la mer, elle ne part pas », a-t-il dit avant de reprendre sa lecture. Le chauffeur, lui, guettait toujours l'horizon, à la recherche de la septième place.
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos