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Société · 🇭🇹 Haïti — Port-au-Prince

À Port-au-Prince, un tap-tap accumule tant de proverbes peints qu'on ne voit plus à travers ses vitres

Par la Rédaction LEC
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Illustration — À Port-au-Prince, un tap-tap accumule tant de proverbes peints qu'on ne voit plus à travers ses vitres (Société)
Tap-tap, Port-au-Prince, Haïti — CC BY-SA (source)

Sur la ligne qui descend de Carrefour-Feuilles vers le bas de la ville, le tap-tap « Bondye Bon » ne ressemble plus tout à fait à un tap-tap. À force d'ajouter un proverbe à chaque bonne journée, son propriétaire, Fritzner, a recouvert la carrosserie, le pare-chocs, les portières et, depuis peu, les vitres elles-mêmes. « Quand j'ai un beau lundi, je peins une phrase. Depuis dix ans, j'ai eu beaucoup de beaux lundis », explique-t-il en époussetant un « Piti piti zwazo fè nich li » calligraphié à hauteur de rétroviseur.

Le résultat, magnifique de loin, pose un léger problème de près : à l'intérieur, la lumière passe désormais par les lettres. Les passagers repèrent leur arrêt aux syllabes qui s'éclairent. « Moi je descends au deuxième "L" de "Lespwa", juste après le marché », indique Madame Yvose, marchande de fritay, qui prend ce tap-tap depuis quatre ans et n'a jamais vu la rue depuis son siège. Selon un comptage de Fritzner, quatre-vingt-douze pour cent de ses habitués s'orientent ainsi « à la lecture ».

Les nouveaux venus, eux, montent, s'assoient, cherchent la fenêtre, puis renoncent. Fritzner a tout prévu : il annonce chaque quartier à voix haute, ce qui, dit-il, « fait aussi réviser les proverbes ». Un dimanche, un touriste de passage a demandé s'il pouvait « baisser un peu la sagesse » pour prendre une photo du paysage. Fritzner a répondu que la sagesse ne se baisse pas, mais qu'il pouvait ouvrir la porte.

Le seul à ne pas s'émerveiller reste Ti Charles, le contrôleur, coincé debout entre un « Men anpil, chay pa lou » et la banquette du fond. « Les gens montent pour lire, pas pour payer. Ils finissent le proverbe, ils réfléchissent, et à la fin ils oublient de me donner la monnaie », soupire-t-il, en tapotant la seule surface encore vierge du véhicule : le plafond, qu'il regarde désormais avec méfiance.

⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos

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