À Yopougon, un client de maquis attend son poisson braisé avec une patience que la science commence à étudier

Le maquis, à l'angle d'une rue non bitumée de Yopougon, fonctionne selon une horlogerie qui lui est propre. Le client commande un poisson braisé accompagné d'attiéké et d'oignons, on lui répond « ça vient », et la phrase se met à vivre sa vie sans lien évident avec la cuisine. Ce mardi, un habitué du coin, arrivé à quinze heures, en était à sa dixième relance à la tombée du jour, toujours souriant, toujours confiant.
« Le poisson est sur le feu, il travaille », assure le serveur, un torchon sur l'épaule, en passant pour la sixième fois sans rien poser sur la table. Autour, les autres clients ont depuis longtemps intégré le principe : au maquis, « cinq minutes » n'est pas une durée mais une politesse. « Quand tu viens ici, tu ne viens pas manger, tu viens patienter », philosophe un voisin de table, venu d'Adjamé pour ce poisson précis dont on parle jusqu'au Plateau. « Le jour où ça arrive vite, c'est qu'il y a un problème. »
Un expert en gestion du temps, entièrement fictif, dit suivre le phénomène avec fascination : « Nous mesurons ici une patience qui ne s'épuise pas. L'homme est calme, il commande une deuxième bière, il salue les gens qui passent. En laboratoire, on n'obtient jamais cette stabilité. » La braisée elle-même, quand elle finit par paraître, arrive fumante, généreuse, parfaite — et personne ne songe à reprocher quoi que ce soit, l'attente faisant désormais partie de la recette au même titre que le piment.
À la nuit tombée, le poisson est enfin posé sur la table dans un nuage de fumée et d'applaudissements discrets. Le client n'a pas bougé de sa chaise depuis six heures ; il considère cela comme un temps normal, presque rapide.
Priée d'expliquer ce délai, la tantie du maquis a soulevé le couvercle de sa marmite sans lever les yeux : « Il n'a qu'à attendre comme tout le monde. Le poisson aussi, il a sa dignité. »
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos