Débordé par ses tables occupées à la journée, un café d'Oran facture désormais la chaise à la minute comme un taxi

L'établissement, à deux pas de la place du 1er-Novembre, était réputé pour ses tables « à vie » : un café serré commandé à 9 heures, une chaise conservée jusqu'au coucher du soleil. C'était trop pour le gérant, qui a fini par visser un petit boîtier lumineux à chaque table. « Le café coûte 40 dinars. La chaise, c'est désormais 5 dinars la minute », explique-t-il, imperturbable derrière son percolateur.
Le résultat ne s'est pas fait attendre. Dès le premier matin, un joueur de dominos habitué à passer ses journées sous le parasol s'est retrouvé face à une addition de 1 240 dinars pour un unique déca. « J'ai payé un café et une location immobilière », a-t-il protesté, avant d'en recommander un pour amortir sa présence.
Le gérant assure que la mesure vise à « fluidifier » la terrasse et à faire tourner ses 24 tables, occupées en moyenne, selon ses calculs, « quatre heures et demie par consommation ». Un sociologue de l'université d'Oran, interrogé, y voit « une atteinte à un patrimoine immatériel oranais : le droit imprescriptible de ne rien faire, longtemps, pour presque rien ». Depuis, certains habitués apportent leur propre chaise pliante et s'installent sur le trottoir, hors de portée du boîtier.
La terrasse, elle, ne désemplit pas : on vient surtout observer le compteur du voisin et parier sur le montant final.
« Avant, je venais ici pour oublier l'heure », soupire Djilali, retraité, les yeux fixés sur les chiffres qui défilent. « Maintenant, c'est le café qui me rappelle que je suis encore vivant. »
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos