Désigné à la tête de la CEDEAO, le Sénégal réalise qu'il devra gérer une année entière de plans de table

La nouvelle a été accueillie comme une consécration diplomatique dans l'ensemble du pays. À Diamniadio, dans les bureaux vitrés qui accueillent d'ordinaire les grands rendez-vous régionaux, l'ambiance est nettement plus mesurée. « Une présidence tournante, c'est douze mois, a rappelé un cadre du protocole qui a requis l'anonymat. Douze mois de sommets, de réunions ministérielles, de cortèges à faire entrer et sortir de la ville. Nous, on ne préside pas une organisation, on gère un calendrier de mariages. »
Au cœur des inquiétudes : les plans de table. Selon plusieurs sources internes, une cellule a déjà été constituée pour anticiper les susceptibilités protocolaires de quinze délégations. « Il faut savoir qui ne veut pas être assis à côté de qui, qui doit parler avant qui, qui se vexe si son drapeau est trop à droite, explique une fonctionnaire. On a demandé des renforts. On nous a répondu que la téranga, c'est justement savoir faire ça sans se plaindre. »
Du côté des traiteurs de la capitale, l'annonce a d'abord été perçue comme une aubaine, avant de virer à l'appréhension. Un restaurateur du Plateau, pressenti pour plusieurs réceptions, calcule à voix haute : « Un thiéboudienne pour une délégation, ça va. Mais là on me parle d'une année de pauses-café pour toute la sous-région. Vous savez combien de sucres il faut prévoir pour un an de réunions ? Personne ne le sait. C'est ça le vrai défi de l'intégration. »
Dans les couloirs, on évoque aussi la logistique invisible : la gestion du groupe WhatsApp des chefs d'État, les confirmations de présence reçues à la dernière minute, les hôtels de Dakar et de Saly à bloquer sur douze mois. « On me dit que c'est un honneur pour le Sénégal, soupire un agent de liaison chargé de l'accueil aéroportuaire. Moi, ce que je vois, c'est une année entière à courir après des cortèges sur la VDN. »
Interrogé sur ce qu'il redoutait le plus, un employé de la cellule hospitalité a marqué un long silence avant de répondre : « Les pauses-café. Une par matinée, une par après-midi, pendant un an. À la fin, c'est pas la CEDEAO qu'on aura présidée, c'est une cafétéria. »
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