Élégance à Kinshasa : un sapeur de Bandalungwa prend un taxi pour traverser l'avenue et rejoindre le trottoir d'en face

Sur l'avenue Kasa-Vubu, où les sapeurs de Bandalungwa se retrouvent au coucher du soleil, l'élégance obéit à une discipline que peu de profanes soupçonnent. « La couleur, la matière, la coupe, tout le monde regarde ça, explique un habitué en costume trois pièces. Mais le vrai secret, c'est le maintien. Un homme bien mis ne court pas, ne pousse pas, ne transpire pas. » C'est au nom de ce principe qu'il a, l'avant-veille, hélé un taxi pour parcourir les quelques mètres qui le séparaient du trottoir opposé.
La démarche, loin de surprendre ses pairs, force plutôt le respect. « Traverser à pied, c'est risquer la poussière sur les mocassins, plaider auprès des motos, arriver essoufflé, énumère un voisin de club. Lui, il est descendu du taxi exactement en face, il a rajusté son mouchoir de poche, et il était parfait. Voilà un homme sérieux. »
Les initiés rappellent que la SAPE n'est pas qu'une affaire de vêtements : c'est une éthique du calme. On y apprend à marcher lentement, à s'asseoir sans plier le pantalon, à saluer sans lever le bras trop haut. « L'effort se voit, et ce qui se voit abîme la ligne », résume un ancien, qui dit refuser depuis des années de porter lui-même ses propres sacs.
Reste la question du budget. Le trajet, facturé au prix d'une course pleine pour une distance de comptoir, n'a pas ému l'intéressé. « Le costume a coûté des mois d'économies. À côté, le taxi n'est rien », a-t-il glissé, avant de commander la même course pour le retour.
« Franchement, je préfère quand ils me font traverser une grande avenue, confie le chauffeur de taxi. Mais lui, il m'appelle pour dix mètres, il paie sans discuter, et il descend sans froisser la banquette. C'est mon meilleur client. »
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos