État civil en ligne à Oran : depuis qu'on télécharge l'acte de naissance chez soi, un guichetier de l'APC continue de faire patienter une file d'attente qui n'existe plus

Depuis que trois documents d'état civil, dont l'acte de naissance et l'acte de mariage, se retirent en quelques clics sur le portail du ministère de l'Intérieur, le hall de l'APC d'Es-Sénia, à Oran, a retrouvé un calme inédit. Fini les matinées passées debout à guetter son tour, fini le passage par le cyber d'en face pour scanner un livret de famille : le citoyen télécharge, imprime et repart. Presque tous les guichets d'état civil ont vu leur affluence fondre. Presque tous.
Au guichet numéro 4, un fonctionnaire au poste depuis dix-neuf ans continue d'appeler les numéros. « Ticket 38 ! », lance-t-il vers une rangée de chaises vides, avant de patienter le temps réglementaire, puis d'appeler le 39. Il tamponne, souffle sur l'encre, range le registre, et prononce à la cantonade le mot qui a bercé des générations d'Oranais : « Revenez demain, le cachet n'est pas sec. » Personne ne revient, mais lui reste convaincu que « ça finira par se tasser, ces histoires d'Internet ».
Ses collègues, reconvertis dans la numérisation, le regardent avec un mélange de tendresse et d'inquiétude. « On lui a montré le site, il a dit que c'était une mode », raconte l'un d'eux. « Le lundi, il arrive une demi-heure en avance pour ouvrir la file, il dispose les cordelettes, il vérifie le distributeur de tickets. À midi, il annonce que le serveur central est en panne, alors qu'il n'y a aucun serveur, ni aucun demandeur. » La direction, embarrassée, hésite à le déloger d'un guichet que plus personne ne réclame.
Le seul visiteur régulier reste un retraité du quartier, venu moins pour un papier que par habitude. Il s'installe, prend un ticket, patiente, échange trois phrases sur la pluie et le prix de la sardine, puis repart sans rien demander. « Chez moi, mon acte de naissance, je l'ai déjà imprimé en double », confie-t-il sur le pas de la porte.
« Mais franchement, l'écran, il te dit jamais 'revenez demain' », soupire le vieux monsieur en rajustant sa casquette. « Et ça, ça vaut bien le déplacement. »
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos