Le Canular

Société · 🇩🇿 Algérie

À Annaba, un épicier atteint l'âge de la retraite mais garde sa boutique ouverte pour ne pas avoir à réclamer les crédits du quartier

· Rédaction LEC

Dans le quartier de Sidi Brahim, l'épicier du coin a soufflé ses soixante-cinq ans cette semaine sans fermer boutique, expliquant qu'il n'était « pas encore prêt à faire les comptes ».

Depuis quarante et un ans, Ammi Saïd tient l'épicerie de la rue et, avec elle, le carnet où s'inscrivent les crédits du voisinage. Ce cahier à spirale, dont plusieurs pages sont devenues illisibles, recense des ardoises ouvertes parfois depuis deux décennies. « Réclamer à un voisin, ça ne se fait pas », rappelle-t-il en réajustant ses lunettes. « Alors tant que la boutique est ouverte, le crédit continue, et personne n'est gêné. »

Le principe est simple : fermer reviendrait à solder, et solder reviendrait à demander de l'argent à des gens que l'on croise chaque jour à la mosquée, au four à pain et aux enterrements. « Le jour où je baisse le rideau, il faut bien que quelqu'un paie », résume l'épicier. « Et ce quelqu'un, ce serait tout le quartier en même temps. Ça ferait des histoires. »

Ses enfants, installés ailleurs, l'ont plusieurs fois pressé de se reposer. Il a répondu qu'il se reposerait « après le dernier crédit », un horizon que le carnet, régulièrement rechargé, repousse chaque semaine un peu plus loin. Un commerçant voisin confirme que le stock, lui, ne tourne presque plus : « Il ne vend plus grand-chose. Il tient surtout le cahier. »

Un client de longue date, qui doit à l'épicerie « depuis à peu près le mariage de sa fille », a haussé les épaules devant le rideau resté levé. « Franchement, je passe tous les matins vérifier qu'il n'a pas changé d'avis », a-t-il soupiré. « Parce que le jour où il ferme, moi aussi il faudra que je prenne ma retraite pour avoir le temps de tout rembourser. »

⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive.

← Retour à l'accueil