Emmanuel Macron défend une mesure et son exact contraire dans la même phrase et salue « une clarification bienvenue »

La question, posée par une journaliste de la presse régionale, tenait pourtant en huit mots : « Êtes-vous pour ou contre ce texte, Monsieur le Président ? » Après un temps de réflexion, Emmanuel Macron a entrepris d'y répondre par une phrase unique, sans respiration notable, qui a débuté par « il faut assumer une forme de courage » et s'est achevée, un peu plus tard, par « tout en gardant, en même temps, la lucidité de ne pas le faire ». Entre les deux, selon plusieurs personnes présentes, il s'est déclaré successivement favorable, réservé, puis à nouveau favorable au même dispositif.
« Ce qui est remarquable, c'est la maîtrise technique », analyse un conseiller resté anonyme, visiblement admiratif. « Se contredire une fois, tout le monde sait faire. Se contredire trois fois dans une seule proposition subordonnée, sans jamais poser le point final qui obligerait à choisir, ça demande des années de pratique. » Un constitutionnaliste consulté confirme n'avoir « identifié aucune position officielle exploitable » à l'issue de l'intervention, tout en soulignant que « ce n'est pas forcément un défaut ».
Selon un décompte réalisé par un attaché parlementaire désœuvré, l'expression « en même temps » aurait été employée quatorze fois au cours de la même réponse, dont deux fois pour relier deux idées déjà reliées par un précédent « en même temps ». « À un moment, la phrase se tenait toute seule par la seule force des connecteurs logiques, plus par le sens », résume-t-il. Interrogée à la sortie, l'opposition a d'abord dénoncé « un flou entretenu », avant de reconnaître, gênée, qu'elle n'était « pas totalement sûre d'avoir compris de quoi il fallait se désolidariser ».
À l'Élysée, on assume pleinement. « Le Président n'a pas ménagé sa pensée, il l'a déployée », a fait valoir l'entourage, qui parle d'« une réponse en dentelle » et se félicite que « chacun ait pu y entendre la position qui l'arrangeait ». Une nouvelle prise de parole est prévue jeudi « pour préciser les choses », précision dont le format n'a pas encore été arbitré.
Chargée de retranscrire mot pour mot l'intervention pour le compte rendu officiel, la sténographe des débats a fini par reposer son stylo. « J'ai tout noté, virgule comprise. Le problème, c'est qu'à la relecture, la phrase dit oui, non, et peut-être, dans cet ordre. J'ai mis un point d'interrogation à la fin. C'est la seule chose dont je sois sûre. »
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