Privé de sa seule boulangerie pendant trois semaines, un village creusois déclenche son plan communal de sauvegarde

Le panneau est apparu jeudi sur la vitrine, place de l'Église : « Fermeture annuelle du 21 juillet au 11 août, bonnes vacances à tous ». Dans ce bourg de la Creuse, où la boulangerie est aussi le dernier commerce de bouche, l'annonce a été reçue, selon un adjoint, « avec le sang-froid qui s'imposait ». Dès le lendemain, la cellule de crise se réunissait en mairie.
« Le plan communal de sauvegarde ne précise pas la nature du sinistre, il parle de rupture d'approvisionnement de la population. Le pain entre parfaitement dans cette définition », justifie un élu, qui a fait ressortir le classeur du placard où il dormait depuis la crue de 2008. Un point de ravitaillement a été identifié : une boulangerie à quatorze kilomètres, à Gouzon, vers laquelle un covoiturage matinal est désormais organisé.
Sur le tableau d'affichage, à côté des consignes en cas d'orage, figure désormais la liste des créneaux : départ 7 h 15 devant le monument aux morts, retour « selon la file d'attente à Gouzon ». Une habitante s'est portée volontaire pour recenser les besoins rue par rue, baguettes d'un côté, « pains spéciaux » de l'autre. « On n'allait quand même pas laisser les gens se débrouiller seuls », estime-t-elle.
Le boulanger, joint avant de fermer boutique, se dit « touché mais un peu gêné ». Il rappelle qu'il ferme trois semaines chaque été depuis vingt-deux ans, « comme tout le monde », et que le village a toujours survécu. La mairie, elle, préfère ne prendre aucun risque et étudie la possibilité d'inscrire les congés du boulanger au calendrier des risques majeurs de la commune.
« De mon temps, on congelait deux baguettes et on n'en parlait pas », résume un retraité du village, qui reconnaît toutefois s'être inscrit pour le covoiturage de mardi, « juste pour voir ».
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