Vacances de la construction : pour éviter le trafic, 3,8 millions de Québécois choisissent de partir tous à 6 h 02 le même samedi

L'idée, de l'aveu général, était bonne. Pour échapper aux embouteillages légendaires des vacances de la construction — cette quinzaine où l'ensemble des chantiers de la province ferment simultanément —, chaque famille s'était juré de « partir tôt, avant tout le monde ». Le problème, relève le ministère des Transports du Québec, c'est que tout le monde avait eu exactement la même idée, à la même minute. « À 6 h 01, l'autoroute 20 était déserte. À 6 h 02, il y avait 3,8 millions de personnes dessus », résume un porte-parole, qui parle du « plus bel exemple de coordination spontanée jamais observé dans la province ».
Dès la sortie de Drummondville, la file s'étirait sur toute la longueur du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, où l'on avançait, selon les relevés officiels, « d'une voiture toutes les onze minutes ». À la halte routière de Saint-Nicolas, les toilettes ont affiché complet à 6 h 09. « On a pris congé la même semaine, on part le même matin, on va au même endroit, et après on s'étonne de se retrouver les uns derrière les autres », soupire une automobiliste immobilisée depuis l'aube, direction Bas-Saint-Laurent, comme les 400 000 véhicules qui la précèdent.
Un analyste de la circulation, contacté entre deux bouchons, refuse pourtant de parler d'échec. « Statistiquement, ces gens ont bel et bien évité le trafic des autres années. Ils ont simplement rencontré le leur », explique-t-il, en rappelant que la 1 247ᵉ voiture de la file roulait, à midi, « environ deux mètres devant la position qu'elle occupait au départ ». Le ministère envisage pour l'an prochain d'échelonner les congés sur deux samedis distincts, avant de reconnaître que « les deux groupes finiront probablement par partir le même ».
Vers 14 heures, une lueur d'espoir a traversé la file : la rumeur qu'une voie s'était libérée à hauteur de Rivière-du-Loup. Elle s'est révélée fondée. La voie était bien libre — c'était celle du retour, occupée par ceux qui, l'an dernier, étaient partis trop tard.
« De toute façon, on n'est pas pressés, on est en vacances », lâche un garçon de sept ans depuis la banquette arrière, avant de demander pour la 1 316ᵉ fois si on est bientôt arrivés.
⚠️ Cet article est entièrement fictif. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos